B. Le mariage par autoekdosis


Dans l'Orient hellénisé, après les conquêtes d'Alexandre le Grand, les solidarités familiales anciennes ne sont plus opératoires, et la tutelle matrimoniale, la kyreia, exercée par les proches parents mâles de la femme, perd sa vigueur de jadis. La femme peut " se donner " elle-même en mariage. Nous sommes ici en présence de la pratique d'autoekdosis  pour laquelle les romans d'Achille Tatius et de Chariton sont les principales sources : chez Achille Tatius, c'est Satyros qui nous apprend que Mélité " se donne elle-même, et tout ce qu'elle possède " ( didwsin  eauthn  kai  pasan  eauthV  thn  ousian , V, 11, 6). Il s'agit ici d'une veuve riche, donc libre, qui désire se remarier.

Dans le Roman de Chéréas et Callirhoé, le cas n'est pas aussi clair. Les difficultés que pose le statut juridique de la jeune femme (est-elle libre ou esclave ?) en ce qui concerne la légitimité de son nouveau mariage avec le milésien Dionysios sont contournés de façon ingénieuse par Chariton. En effet, le mariage du maître avec son esclave est inexistant pour le droit grec ; il constituerait un cas de contubernium pour le droit romain. Notre romancier sait que l'union entre maîtres et esclaves ne peut prétendre au rang de legitimum matrimonium. La solution serait l'affranchissement de la femme esclave (V, 7, 4). Chariton renverse la situation et évite l'écueil. Le mariage est donc conclu " selon les lois grecques "  et non d'après le droit de Syracuse ou de Milet.

Chapitre II : Roman et réalité : un aperçu de la place des femmes dans la société grecque du Haut-Empire romain


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