Panthéia, le soir, enferme Leucippé à clef et ouvre sa chambre le matin (II, 19), et c'est d'ailleurs toute une organisation !

Cependant, une nuit, elle surprend Clitophon dans le lit de Leucippé (II, 23). Sa réaction est immédiate et violente : elle gifle sa fille, elle la prend par les cheveux, elle crie (II, 24, 1). Sa fille pourtant lui certifie qu'elle n'a pas perdu sa virginité. Le lendemain, alors que Leucippé proteste de son innocence et propose de mettre sa virginité à l'épreuve, voici ce que répond sa mère :


Eti  kai  touto ,  ejh  h  Panqeia ,  leipetai ,  ina  kai  meta  marturwn  dustucwmen

Il ne manquerait plus que cela, répliqua Panthéia, pour que notre infortune ait aussi des témoins ! " (II, 28, 3)


En fait, les sentiments de sa fille lui importent peu, il n'y a que l'opinion publique qui compte. Pareille rhétorique contre une fille érotiquement active montre Panthéia comme la représentante véhémente des normes patriarcales et comme l'instance répressive qui pousse la jeune fille à fuir à l'étranger :


exarpasate  me  twn  thV  mhtroV  ojqalmwn ,  opoi  boulesqe

arrachez-moi des yeux de ma mère, vers où vous voulez. " (II, 30)


La sympathie des lecteurs va vers Leucippé ; la mère incarne le principe négatif. Le topos de la mère d'après les romans grecs, c'est en somme d'abandonner l'enfant en bas âge, ou de surveiller la vertu des jeunes filles : d'amour maternel il n'est pas question, sinon pour d'autres mères que celles des héros, par exemple Cybèle, la servante d'Arsacé dans Les Ethiopiques, qui semble n'avoir de bon que son amour pour son fils Achéménès.


  D. Des mères diaboliques


Xénophon et Héliodore vont jusqu'à présenter des personnages de mère qui offrent une image d'horreur, comme par exemple la vieille sorcière remplie de haine par l'esprit de son fils mort (Les Ethiopiques , VI, 15)ou le cas particulier de la méchante belle-mère, le motif de l'Hippolyte d'Euripide, incarné par Kynô chez Xénophon (III, 12, 3) ou Démaénété chez Héliodore (I, 10) : ici, les substituts de mère sont occupés par les traits de phobie de l'agressivité érotique féminine.

Chapitre I : Les personnages féminins


Une vieille Egyptienne interroge son fils mort

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