Pour l'intrigue, Chariclée, qui sait grâce à la lecture de la bandelette que Persinna est sa mère, fait confiance à la nature maternelle :

h  mhtrwa  jusiV ,  uj' hV  to  gennwn  peri  to  gennwmenon  ek  prwthV  enteuxewV  jilostorgon  anadecetai  paqoV ,  aporrhtw  sumpaqeia  kinoumenon

l'instinct d'une mère, qui, dès la première rencontre, éprouve à l'égard de son enfant un sentiment de vive tendresse, par l'effet d'une secrète sympathie " (IX, 24, 8),


qui laisse en effet naître un lien entre Persinna et son enfant (X, 7, 4).

Persinna est beaucoup plus individualisée que les autres mères dans le roman, et même que son mari (celui-ci, certes, sent parfois la " voix du sang ", mais reste assez conventionnel dans son rôle de roi victorieux). On connaît Persinna avant même de la voir agir, par la lettre brodée qu'elle a laissée à sa fille, et par le portrait que nous en fait Calasiris, après avoir déchiffré le secret de la broderie. Les détails inutiles à la progression du récit nous font connaître et apprécier la personnalité de Persinna, comme sa curiosité scientifique, le fait que la cour royale d'Ethiopie était ouverte aux savants, et qu'ainsi Calasiris était devenu pour elle un ami personnel (IV, 12, 1). Elle prend pitié des gens condamnés au sacrifice, sans savoir qui est la jeune fille, intercède pour eux auprès d'Hydaspe à plusieurs reprises (X, 7, 5 ; X, 9, 5), " en versant des larmes qu'elle s'efforçait de cacher aux assistants " ( ama  upodakruoushV  lanqanein  de  touV  parontaV  peirwmenhV , X, 8, 1). L'émotion qui la prend à la vue de la bande d'étoffe est intense (X, 13). Nous avons ici un rôle de mère exceptionnel.


  C. Panthéia, une mère hostile


Un véritable conflit mère/fille est représenté dans le roman d'Achille Tatius. Tout d'abord, l'ordre des préséances fait que Clitophon voit la mère en premier, puis la fille : une grande et belle femme, somptueusement vêtue (I, 4). Le roman ne la mentionne ensuite que comme une gêne pour les amours de Leucippé et Clitophon. En effet, elle surveille constamment sa fille, si bien que celle-ci ruse en prétextant un malaise pour ne pas aller au sacrifice officiel des Byzantins à Apollon Tyrien (II, 14), et ainsi rester avec Clitophon :


sunekeito  gar  hmin  eiV  tauton  elqein ,  wV  an  twn  pollwn  exiontwn

nous avions convenu de nous rencontrer quand tout le monde serait dehors "

(II, 14,1)

Chapitre I : Les personnages féminins


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